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TRANSATLANTIQUE

  • Photo du rédacteur: Remy Dubas
    Remy Dubas
  • 29 avr. 2023
  • 4 min de lecture

Décembre 2022


Un créneau météo avec une visibilité satisfaisante sur une semaine nous donne le top départ ! Nous quittons Santo Antao au Cap-Vert le 8 décembre pour une prévision de 18 jours de navigation. Nous décidons de partir vers le sud-ouest pour prendre des alizés réguliers.

Nous partons avec un iridium, c’est-à-dire un téléphone satellite qui nous permet de télécharger des bulletins météos et de donner des nouvelles à la famille. Une amie avec qui nous sommes en échanges quotidiens a aussi son rôle en regardant en parallèle de notre veille les prévisions météos afin de partager nos avis. Elle reçoit également deux fois par jour notre position GPS. Merci Camille !

Les deux premiers jours de la traversée sont particulièrement durs du fait que le vent annoncé n’est pas celui planifié. Nous alternons des essais de voilure et du moteur pendant 48 heures. Nous parcourons 192 miles en 2 jours avec une moyenne qui ne dépasse pas 4 nœuds, un tiraillement pour le moral qui espère un vent plus soutenu. Il nous reste alors à ce moment 1908 miles nautiques à parcourir, soit près de 3400 kilomètres.

Le troisième jour, la météo s’améliore, le vent dépasse 15 nœuds de façon constante. Nos essais de voilure nous permettent d’être efficaces rapidement avec des réglages parfaits. En ciseaux avec le génois tangonné, notre vitesse moyenne est proche de 7 nœuds. Nous parcourons en 24 heures presque la distance que nous avons réalisée jusqu’à présent en 48 heures, le moral revient !

Les jours qui suivent sont réguliers. La nuit nous faisons des quarts toutes les trois heures pour veiller à la sécurité, le pilote automatique permet de ne pas faire des quarts trop fatiguant. La journée, nous barrons pour soulager le pilote automatique qui montre des signes de défaillance avec une entrée d’air dans le circuit hydraulique sans que nous ayons identifié de fuite. Cela permet aussi aux batteries de se recharger plus vite et d’être bien chargées en fin de journée. Lorsque ce n’est pas le cas, nous mettons le groupe électrogène en marche.

Des adaptations et des réparations sont nécessaires tous les 2 à 3 jours. Nous installons une vanne sur le circuit hydraulique pour évacuer l’air du circuit, nous rechargeons en graisse le tube de jaumière du safran qui présente un petit jeu lorsque la mer forcit. L’utilisation du tangon pour le génois engendre une usure des écoutes que nous devons protéger autant que possible des frottements. Anticiper toutes casses possibles domine nos pensées. Lorsque le vent forcit et/ou que la nuit s’annonce douteuse, nous réduisons la voilure et parfois notre vitesse ne réduit même pas ! Les conditions sont idéales, nous avons une moyenne entre 6 et 7 nœuds pendant 10 jours !

Même si tout se passe très bien, la distance qui nous reste à parcourir mine le moral. La fatigue grandit. La tête est remplie de doutes et d’incertitudes. Au bout d’une dizaine de jours, nous pensions que la distance parcourue nous soulagerait et nous motiverait pour la dernière ligne droite, mais après la fatigue morale du début de la traversée vient la fatigue physique qui nous donne envie d’arriver. Heureusement que le soleil nous rappelle chaque jour, avec harmonie, que les journées passent. Les couchers de soleil sont devant nous, tandis que les levers de soleil sont derrière nous. Plus le temps passe, plus nos montres semblent être perdues, le soleil est devenu notre seul guide.

Nous avons du mal à pêcher à cause des sargasses qui flottent sur l’océan. Nous réserves de nourritures commence à s’amenuiser, nous n’avons plus de frais. Nous rêvons de notre arrivée. Nous visons Marie-Galante, nous imaginons remettre les pieds sur terre, enfin, plutôt sur une plage de sable blanc. Dans les pensées chamboulées, le dernier quart de la traversée se montre de plus en plus tropical avec des nuages sombres qui se versent un peu partout autour de nous sur l’horizon.

Quinzième jour ! « Cela veut dire que si nous arrivons jusqu’au bout, nous aurons traversé en 16 jours ?! » Nous commençons à y croire.

Le jour se lève sur le seizième jour : « Terre en vue ! ». Nous apercevons d’abord La Désirade, puis très vite Marie-Galante. Un soulagement bienfaisant nous rend heureux ! Quel voyage ! Quelle distance ! Quelle immensité ! Quelle planète !

Nous laissons le pilote automatique travailler pour cette dernière journée, nous sommes épuisés. Nous fixons l’île devant nous pendant toute la matinée, debout, immobile dans le cockpit (la position assise devenant compliquée, les fesses commencent à être irritées). Le rêve deviendrait-il une réalité ?

Plus que 12 miles à parcourir sur les 2100 du départ, il est 10h, Adeline remarque qu’il commence à pleuvoir. En quelques secondes l’air devient blanc ne faisant plus qu’un avec l’océan. Il n’y a plus de visibilité, le bateau change de direction à 70° ! Je récupère la barre pour tenir une direction droite et faire en sorte que les voiles en ciseaux ne déventent pas, le bateau fuse à plus de 10 nœuds de vitesse ! Nous n’avons pas vu le grain venir, il y a 35 nœuds à 2 heures de l’arrivée. Serait-ce un cauchemar ? Je tiens le bateau droit avec des yeux piquants de fatigue, j’imagine le mat se tordre et les voiles couler devant l’île de Marie Galante. La fixation du tangon casse, cette barre en aluminium de 3 mètres de long ne fait aucun dégât car nous l’avions sécurisé en imaginant ce scénario. Le vent tombe rapidement, le mat est intact, le raille de tangon est un peu tordu. Heureusement que nous avions pris 2 ris (réduction de la grand voile) la veille en pensant que ça pouvait arriver.

Fébriles, nous terminons à 4 nœuds avec une seule voile pour assurer la sécurité, nous arrivons sur une eau turquoise et nous posons l’ancre devant la plus belle plage de Marie Galante. Notre premier reflexe a été d’aller toucher Terre.

Nous sommes le 24 décembre, nous allons pouvoir manger notre cassoulet en boite de Noël et dormir notre première nuit complète depuis 2 semaines !


Nous avons besoin de nous reposer. Nous sommes partis de Montpellier il y a 3 mois et nous sommes déjà en Guadeloupe. Pourtant nous avons eu du retard avec les aléas techniques au large du Maroc. Nous avons bien profité jusqu’ici mais souvent par défaut avec des escales de 5 à 7 jours sur des lieux stratégiques imposés. Nous décidons désormais de prendre plus de temps sur des lieux choisis, notamment pour plonger.


 
 
 

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